LES CORPS ESSENTIELS
Essentiellement des corps, entiers ou fragmentés, dispersés sur la toile, ombres grises figées dans des mouvances inaccomplies occupant un espace sans repères.
Eric JÉGAT peint des figures hésitantes aux profils incertains sans visages : la fragilité de la figuration se heurte à la difficulté d’interprétation: sont-ils de face ou de dos, sont-ils morts ou endormis, sont-ils menaçants ou bienveillants, sont-ils des hommes ou des ombres ?
Des blancs, des gris, des terres estompées, la sobriété et la légèreté des tons utilisés semblent apaiser la souffrance que nous sommes tentés de décrypter dans ces êtres finalement impénétrables.
La matière griffée -résultat de différentes strates d’enduit, peinture à l’huile, papier, encre, colle, cire- se transforme en surface tactile où la main la caressant découvre ses anfractuosités, ses plis. Parfois apparaît une ligne, un contour plus appuyé, une entaille faite à même la surface, une blessure du corps, emplie de cire, sorte de lymphe s’écoulant de la peau, créant des vibrations et transparences picturales.
Figuration certes, mais dans la complicité entre la matière inventée, expérimentée, et la tension créatrice de formes humaines c’est la peinture-même qui se donne à voir - dans ce qu’elle a de âpre, d’accidentel, de sensuel aussi- épaisseur qui emplit et crée l’espace pictural, qui revêt les corps tout en les cachant ou en les effaçant.
La matière est à la fois matrice et mémorial du travail pictural de l’artiste, champ ouvert et fécond, qui nous renvoie à notre propre corporalité et à la confrontation essentielle et inévitable avec le corps de l’Autre.
Alessandra Cola (juin 2007)
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