Au sujet du vitrail du transept nord de l'ancienne cathédrale Saint Pierre de Saintes (1994)

Trois éléments distincts composent le dessin et se mélangent pour en former un quatrième qui est le tout. Le titre pourrait être Quatre personnages en quête de hauteur, si Pirandello nous l'accorde.   Le premier élément est la construction architecturale du fond se découpant sur le ciel. Elle est issue de la cathédrale elle même, reprenant quelques composantes éparses sans en reprendre la forme générale.  Elle se veut extérieure dans sa partie haute, avec son clocher et ses pinacles, et intérieure dans sa partie médiane avec ses fenêtres et ses arcades rappelant le chœur.  Cette architecture, enfin, est dans sa partie basse, plus spirituelle et devient chemin, guide; elle perd alors toute matérialité, devient abstraite et prend une dimension qui échappe à la réalité minérale de toute construction. Le deuxième élément, les "personnages", flottent dans une architecture abstraite. Ils sont au premier plan et plus présents que les murs qui les entourent, plus palpables.  Moins transparents, la lumière qui les traverse leur donne une compacité qui ne les empêche pourtant pas de flotter.  Les bâtons laissent penser qu'il s'agit de pèlerins sur la route de Saint Jacques de Compostelle qui passaient par Saintes comme des milliers de leurs compagnons.  Ils n'ont pas de visages parce qu'ils sont tous ces visages à la fois.  Tout comme les soldats ont le leur, Ils représentent "le pèlerin inconnu". et la sobriété de la ligne rappelle la simplicité de ces hommes, sans titres ni apparats, puisque perdus dans la multitude. Le troisième élément est sans doute le plus important parce qu'il traverse et transforme les deux premiers sans tenir compte de leur matérialité, solides ou fragiles, transparents ou opaques. Il les lie entre eux tout en les déconstruisant mais le paradoxe n'existe qu'à première vue car le décalage à l'intérieur de ce "Rayon" mêle les structures.  Il change la tonalité, la couleur, la lumière , la forme de tout ce qu'il traverse. Ce "Rayon", de par sa direction, vient de l'ouest et semble la source de lumière jaune qui illumine le chœur de l'église.  Il trace un chemin qui n'est pas seulement celui des pieds mais aussi celui du cœur.  Les fragments du "Rayon" perturbent le dessin des autres parties, ils provoquent une fracture de la ligne, de toutes les lignes en pesant sur chaque volume. Le milieu de la baie, constitué du pilier qui partage les deux lancettes de gauche des deux lancettes de droite, est le lieu de rencontre car c'est vers lui que s'effectuent les décalages: à l'intérieur des éléments constituants le "rayon", toutes les lignes situées à gauche de ce pilier sont décalées vers la droite et inversement.  Les lignes internes au "rayon" migrent vers le pilier central surmonté par le clocher de l'église; c'est en fait le clocher, et donc l'ancienne Cathédrale de Saintes, qui est le Rassembleur, qui attire à lui sa propre structure et celle des pèlerins, tout comme les clochers guidaient en leur temps, par leur hauteur, ces voyageurs à travers les campagnes. Après la fusion de ces différentes épaisseurs (ou strates) de dessin, seule la maçonnerie qui divise la fenêtre reste en place, car la juxtaposition des trois premiers éléments forme une sorte de bousculade des lignes et des textures qui fait qu'un fond architecturé "rentre" dans un vêtement ou dans une tête, qu'un bout de ciel "enfonce" un clocher, que la ligne droite d'un bâton soit rompue sans que celui-ci soit brisé, qu'il y ait une impression de fragilité, mais seulement une impression.